Nous pensons qu’il n’est pas d’œuvre plus vraiment nationale que celle à laquelle nous voulons nous consacrer. Nous faisons appel pour nous aider non-seulement à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire des langues et des littératures romanes, mais encore à tous ceux qui aiment la France de tous les temps, à tous ceux qui croient qu'un peuple qui répudie son passé prépare mal son avenir, et à tous ceux qui savent que la conscience nationale n'est pleine et vivante que si elle relie dans un sentiment profond de solidarité les générations présentes à celles qui se sont éteintes.
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[...] les membres [...] qui ne sont de profession ni connaisseurs de vieux textes, ni amateurs de vieux livres ou de livres renouvelés [...] n'ouvriront peut-être jamais, ou en tout cas refermeront bien vite les volumes que nous leur donnons en échange de leur souscription; leurs occupations tout autres, ou leur manque de préparation, leur interdisent la lecture des publications qu'ils payent. Ils payent cependant, et peut-être sont-ils les plus nombreux parmi nos souscripteurs. Et savez-vous pourquoi ils payent? Oui, car chacun d'entre nous, j’en suis sûr, a amené à la Société quelqu’un de ces souscripteurs. Ils payent parce qu’on leur a dit: La Société des anciens textes français est une œuvre nationale; elle a pour but de faire mieux connaître la vieille France; elle veut que l'Allemagne ne soit plus le pays d'Europe où il s'imprime le plus de monuments de notre langue et de notre littérature d'autrefois; elle veut faire revivre le simple langage, les rêves heroïques, les joyeux rires, les vieilles mœurs de nos pères; elle a besoin de l'appui de tous ceux qui comprennent l'importance de la tradition, de tous ceux qui savent que la piété envers les aïeux est le plus fort ciment d'une nation, de tous ceux qui sont jaloux du rang intellectuel et scientifique de notre pays entre les autres peuples, de tous ceux qui aiment, dans tous les siècles de son histoire, cette France douce pour laquelle on savait déjà si bien mourir à Roncevaux, et ce bel françois, que Chrestien de Troyes, sous Louis le Jeune, avait si bien mis en œuvre, qu'on croyait alors qu'il n'avait rien laissé à glaner apres lui et qu'on ne pourrait jamais bien écrire qu’en l’imitant.